Le syndicalisme face à la crise

vendredi 9 mars 2012
par  fsu.paca
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Le syndicalisme face à la Crise

Daniel Rallet

Institut de la FSU

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Je vais prendre une démarche délibérément simpliste : Eux et Nous, l’Adversaire et le Syndicalisme.

L’adversaire

Aujourd’hui, le syndicalisme fait face à un adversaire qui l’accule à la défensive en accumulant les « réformes ». Cette politique s’inscrit dans une tendance longue d’une trentaine d’années qui a vu le projet néo-libéral gagner le secteur privé pour aujourd’hui s’attaquer au cœur du secteur public. Ces dernières années, le rythme s’est singulièrement accéléré, contraignant les syndicats à travailler en apnée, essayant de parer coup après coup, à se laisser conduire par l’agenda de l’adversaire. Une culture et un savoir-faire de la défensive se sont développés, avec une certaine efficacité car les résistances ont été réelles.
Cependant, la culture de l’offensive, visant à attaquer l’adversaire sur ses points faibles et à lui imposer notre agenda semble s’être effacée.

Nous sommes en face d’une crise historique qui sera longue, connaîtra de multiples péripéties et dont l’issue est imprévisible.

On change d’époque et il faut en prendre la mesure.
La crise sert de levier pour faire passer en accéléré les fondamentaux de la réforme néo-libérale. Cette « stratégie du choc » a pour projet de créer de l’angoisse et de la sidération dans l’opinion afin de marteler dans les consciences le fameux TINA de Margaret Thatcher (« there is no alternative » ou « on ne peut pas faire autrement »).
La crise de la dette publique est utilisée pour prescrire au nom de l’austérité l’abandon du modèle social de l’après guerre (démantèlement des services publics, de la protection sociale, du droit du travail. L’espace de la négociation sociale se vide. C’est une rupture fondamentale pour le syndicalisme.

Les oligarchies dominantes sont prêtes à se débarrasser de la démocratie si c’est la condition nécessaire à leur survie. Au nom de TINA, on dépolitise les choix publics. La démocratie est confisquée par la finance, les médias et une classe politique en partie corrompue par ses rapports à l’oligarchie. Les choix européens sont décidés en dehors des peuples. Dans certains pays, les plus touchés par l’austérité, la crise du système politique est ouverte.

C’est une seconde rupture.

Elle s’inscrit dans une tendance longue de crise de la démocratie représentative alors que les échecs du 20e siècle à concilier émancipation et politique étatique sont dans toutes les mémoires.

Le modèle européen tourné selon ses concepteurs vers une paix entre les nations fondée sur des politiques coopératives a été profondément attaqué par l’implantation progressive de la loi de la concurrence au cœur de la construction européenne. Il est aujourd’hui gravement remis en cause par le processus d’asservissement lié à la dette publique et par l’instauration de rapports de domination entre les nations européennes, sur le modèle des relations Nord/Sud. C’est un véritable coup de force : le pouvoir appartient à une sorte de directoire de fait qui instrumentalise les institutions européennes.

C’est une troisième rupture. Trois issues sont possibles :

- Un néo-libéralisme maintenu : les oligarchies, un temps effrayées par la crise de 2008, se sont lancées dans l’aventure de « continuer comme avant » tout en allant au bout de leur projet social. Les contradictions de cette aventure risquent d’être difficilement soutenables.

- Un autoritarisme xénophobe : c’est le même projet social mais avec une autre configuration politique. Cette voie est coûteuse en termes de légitimité, mais elle peut être un dernier recours.

- La troisième issue ne porte pas de nom puisque celle-ci reste à inventer. C’est évidemment celle qui a notre préférence.

La crise impose des politiques d’urgence dans le court terme. En même temps, du fait de son caractère systémique, elle réhabilite la réflexion sur le long terme, y compris dans sa dimension de l’utopie.

Dans ce contexte de rupture, il y a une bataille entre l’ancien et le nouveau. Tout le monde vient du monde ancien, et pas que le syndicalisme. Il faut à la fois s’appuyer sur nos acquis et ne pas rester prisonnier de nos routines, être attentifs aux questions qui émergent.

Nous sommes dans ce qu’on appelle la « crise du syndicalisme »

Le syndicalisme dans le privé a été sévèrement affaibli par l’effacement de ses bastions industriels, par le développement d’un capitalisme d’entreprises de plus petite dimension, de l’externalisation, de la sous-traitance, et des services précarisés, par la segmentation du salariat et par les nouvelles méthodes de management visant à casser les collectifs. Ces évolutions ont gagné le secteur public. La résistance des personnels du secteur public est la cible.
La crise des grands récits idéologiques (communiste et social-démocrate) portant l’espoir de l’émancipation est un facteur important de cette crise.

Je voudrais insister sur un autre facteur dont on parle moins : l’institutionnalisation des syndicats.
Ce phénomène exprime un mouvement historique positif. Il signifie qu’à la guerre ouverte et brutale entre employeurs et salariés ont succédé des conflits régulés par des règles et des institutions. Celles-ci ont représenté un progrès considérable pour les travailleurs.

En contrepartie, cette institutionnalisation a généré des problèmes.
Le risque de la bureaucratisation est le plus connu. Il intervient notamment quand les syndicats perdent le contact avec le terrain, ce qui est advenu dans une grande partie du secteur privé.
Je reprendrai ce que dit Jean-Marie Pernod sur un autre risque, celui de l’institutionnalisation de la non syndicalisation.

Le conflit des retraites en 2010 a mobilisé des millions de gens et pourtant aucun afflux d’adhésions dans les syndicats n’a été constaté. Certes ce conflit ne s’est pas achevé sur une victoire, mais les syndicats ont été perçus très positivement. Depuis les grandes grèves de 1995, on a eu de grands mouvements sociaux sans resyndicalisation .

On constate dans certaines entreprises l’existence d’équipes syndicales très efficaces et pourtant là non plus cela n’entraîne pas un courant d’adhésions. Aux yeux des salariés, le syndicat apparaîtra comme une institution, certes beaucoup plus sympathique que les autres , mais une institution tout de même, c’est à dire un corps de spécialistes très compétents disposant d’un savoir-faire (organiser une manif ou une grève, rédiger un tract et porter des revendications dans une négociation,..) et perçu sur le mode de l’extériorité (Eux et Nous). On participe aux luttes, on s’y engage, mais après on rentre chez soi

Cette attitude est plus prégnante dans la jeune génération qui a une autre culture correspondant au monde d’aujourd’hui et au bilan du monde d’hier. Elle intègre une culture de l’horizontalité dans des échanges conçus comme égalitaires, une crainte de la confiscation et par ricochet de la délégation, une volonté de participer à l’élaboration des décisions et de contrôler.
Elle part de l’individuel pour construire le collectif (par exemple la méfiance vis à vis d’une parole organisée ne vient pas du contenu de celle-ci, mais du fait qu’elle préexiste à à ma parole). Le collectif n’est pas institué d’avance, c’est un enjeu du processus.
Ces conceptions ne sont pas à prendre comme un « modèle démocratique » supérieur ou inférieur au nôtre, mais comme un fait de culture qui est là.

Nous sommes également confrontés à la crise du politique.

L’affaiblissement des partis politiques est devenu un lieu commun. Il s’explique pour partie par la crise des grands récits d’émancipation, et pour une autre partie par leur professionnalisation : c’est le déclin des partis de masse et l’avènement de partis d’élus. Ces partis n’ont plus de relais directs dans le monde social, même si certains d’entre eux conservent des relais indirects par leurs liens avec des syndicats et des associations.

D’autre part, les syndicats sont de plus en plus directement confrontés à des questions politiques. Depuis 1945, les syndicats agissent dans un cadre politique et social institué, déjà là. Leur rôle était à peu près clairement défini. Or aujourd’hui ce cadre est bousculé par les mutations sociales touchant à l’éducation, la protection sociale, la fiscalité, l’unité du salariat, posant à chaque fois la question du choix de société. Les syndicats sont même directement interpellés sur la question de l’organisation de l’Etat par les réformes touchant à la décentralisation, à la RGPP et à l’Union européenne.
Que l’on pense à toutes les questions que pose la « simple » proposition de créer 60 000 emplois dans l’éducation. Elle exige par exemple qu’on aborde le nouveau Traité européen.

Le mouvement sur les retraites dont la réforme était justifiée par le Triple A et dont l’issue était bloquée par un chef de l’Etat qui mettait en jeu son pouvoir était à la fois un mouvement social et un mouvement citoyen.
De même la crise de la dette publique relève d’un mouvement social dans la mesure où l’austérité attaque directement le champ défendu par le syndicalisme, mais en même temps la question de la dette crée un lien commun à l’ensemble de la société dont l’avenir est un jeu, ce qui justifie la montée d’un mouvement citoyen.

On voit bien que la question de la démocratie sociale, de son lien avec la démocratie politique, est très présente.

Nous, c’est d’abord la FSU

Les syndicats nationaux qui composent la FSU ont à affronter eux-mêmes ces questions. La FSU constitue un cadre qui permet de les porter à un niveau plus global, de confronter les approches des différents syndicats. Le travail intersyndical s’effectue dans les secteurs, mais les questions nouvelles peuvent leur échapper ou prendre un caractère transversal. C’est le cas par exemple de l’Europe.

La démocratie interne est interpellée par au moins deux questions.

- Nous avons à aborder des questions nouvelles ou complexes. Il est parfois difficile de les traiter uniquement en continuité des mandats existants. Nous avons besoin de nous ouvrir à des problématiques nouvelles, d’avoir à leur sujet des débats ouverts, des controverses, qui ne sont pas immédiatement préemptées par des enjeux d’instances.
Il manque les moments (de recul par rapport aux urgences) et des lieux pour le faire. Des initiatives sont prises pour tenter d’y remédier (moments réservés au Cdfn, stages), mais elles ont encore une portée limitée.

- les procédures de la délibération démocratique en interne sont rodées et si on cherche à les améliorer personne ne les remet en cause. Il reste un problème plus épineux, celui des syndiqués. On est dans un schéma qui s’inscrit pour l’essentiel dans une logique de parole descendante, avec consultation de la « base ». La question de la participation des syndiqués à l’élaboration des grandes orientations syndicales est posée d’un double point de vue : par rapport à la culture plus horizontale des jeunes générations et aussi du point de vue du rapport d’extériorité dont on a parlé.

La pression qui nous accule à la défensive peut conduire à des positions de repli sur nous qui ne résultent pas d’un choix, mais d’une situation de fait, laquelle peut être un facteur de sclérose.
La FSU doit donc veiller à développer sa présence dans les lieux et réseaux où s’expriment les mouvements de la société et les débats qui y sont associés.

L’exemple de l’Europe montre combien la FSU (et l’ensemble du syndicalisme) a du mal à appréhender ces évolutions. L’Europe ne peut plus être considérée comme un élément du contexte international, ni comme le décor dans lequel s’inscrirait l’action syndicale. C’était déjà vrai depuis quelque temps, mais la « crise de la dette publique » a provoqué des mutations radicales. Le champ de l’activité syndicale nationale est maintenant directement impacté par des politiques qui se décident à l’échelle européenne. La question européenne doit donc s’inscrire au cœur des préoccupations syndicales et des stratégies doivent être réfléchies pour déplacer les lignes de forces en Europe.
Cela implique une sérieuse révision des pratiques syndicales tant au niveau national qu’européen.

Pour terminer, je voudrais illustrer mon propos par un problème d’actualité.

En 2010, j’avais essayé de montrer dans un stage FSU PACA pourquoi la question du travail devrait être au centre des préoccupations du syndicalisme.

Lire cette contribution sur syndicalisme et travail

Cette fois je prendrai l’exemple du « mouvement des Indignés », en quoi il nous interpelle.

Le mouvement des Indignés

Par commodité, on parle de mouvement des Indignés, qui est surtout la dénomination espagnole, alors qu’il a pris d’autres noms ailleurs « Occupy » par exemple aux Etats-Unis.

Je le présenterai en six points.

1- Ce n’est pas un feu de paille, ce mouvement est appelé à durer

Nous devons éviter une approche trop normative, consistant à le lire avec nos lunettes. Il faut une démarche positive au sens où on s’intéresse à ce qui est et qui émerge.

2- C’est un mouvement dont la jeunesse a le leadership

Ce n’est pas pour autant un mouvement de la jeunesse puisqu’il peut rassembler des générations différentes, des catégories sociales diverses.

Mais la jeunesse est prédominante (selon une étude, l’âge moyen des occupants du parc Zucotti à Manhattan était de 26 ans ) et surtout c’est elle qui imprime le mouvement.
Ce n’est pas une situation nouvelle : dans les périodes de rupture, les jeunes ont toujours été à la pointe. Mais on l’avait un peu oublié : dans les luttes défensives que nous menons depuis 30 ans, lorsqu’il s’agit de défendre les « acquis », la jeunesse est présente mais elle a rarement le leadership.
Cette jeunesse a bénéficié d’une élévation importante du niveau d’éducation.
Pour elle, l’austérité c’est le renoncement à l’avenir, c’est l’impossibilité de se projeter dans le futur et être condamné à la galère du présent. Promettre des années d’austérité c’est leur dire qu’ils seront une génération sacrifiée.
Le slogan du mouvement espagnol « Jeunesse sans avenir » dit l’essentiel ; « sans maison, sans boulot, sans retraite, sans peur ».
Bien sûr, cela s’inscrit dans une tendance longue de précarisation de la jeunesse mais la crise apporte des éléments radicalement nouveaux.

La jeunesse est plus particulièrement touchée par la crise et les politiques publiques lui sont peu favorables, du fait de sa faible représentativité politique et syndicale.

Par exemple aux Etats-Unis, où les jeunes ont l’habitude d’être licenciés dès le début d’une récession pour être réembauchés ensuite lorsque l’économie redémarre, le fait nouveau est que cette fois il n’y a pas de reprise et le risque de déclassement est élevé. S’ajoute à cela la stagnation des salaires depuis 2000 pour ceux qui sont pourvus d’un emploi. Dès lors, ces chômeurs diplômés qui se sont lourdement endettés pour financer leurs études , sont pris dans un piège.
Les dispositifs publics mis en place depuis 2008 sont peu favorables aux jeunes. C’est également vrai dans les pays européens. En Espagne et en Grèce le taux de chômage des jeunes dépasse les 50 %. La galère perdure bien au-delà de 30 ans, notamment en Grèce et au Portugal.

Ces mouvements mobilisent surtout des jeunes diplômés, mais la jonction avec les jeunes les moins diplômés se fait parfois.
Le niveau d’éducation, la socialisation par les technologies et les réseaux numériques, constituent une culture commune universelle : au-delà des différences entre les pays, ces jeunes ont le sentiment d’appartenir à un même monde.
Il n’est donc pas hasardeux de prédire qu’ils seront moteurs dans la construction de mobilisations européennes.
De par sa nature, la FSU devrait s’intéresser de près à cette place de la jeunesse dans la crise

3- Ce mouvement signe un réveil des peuples et une repolitisation des sociétés.

En ce sens c’est un mouvement universel qui après les pays d’Amérique Latine a saisi les peuples du monde arabe, puis l’Europe, pour gagner des pays improbables (Etats-Unis, Israël,…). Il y a bien sûr des différences profondes selon la situation de ces pays, mais il y a aussi quelque chose de commun.
Le plus frappant est la dimension subjective de la révolte. Ces mouvements ne se dressent pas parce qu’ils adhèrent à un programme, à des alternatives déjà là. Ils émergent parce qu’à un moment donné la situation qui est faite aux gens ne leur apparaît plus supportable et/ou parce qu’ils n’ont plus peur.

Il y a un aspect surgissement, insurrection civique. Ce sont des gens qui veulent reprendre leur destin, leur vie en main, et décident de se mêler des affaires de l’Etat. « On avait abandonné l’idée qu’on pouvait gagner » disent les manifestants d’Occupy Wall Street.

Ce sont parfois des individus qui ont cru dans certaines valeurs de la société libérale, qui s’inscrivaient dans le cours « normal » de cette société et qui se sont aperçus qu’ils avaient été trompés (cas des chômeurs diplômés ou des gens qui sont scandalisés parce qu’on a sauvé les banques et pas les pauvres). Les militants observateurs de ces mouvements disent souvent « ce sont des gens qu’on n’avait jamais vu dans les mobilisations, qui ne viennent de nulle part. ».
Les ressorts subjectifs de cette révolte l’alimentent en profondeur de façon durable.

4- C’est une réponse à la crise sociale, mais c’est aussi un mouvement social inédit qui a un programme : l’égalité.

C’est un mouvement qui s’oppose à l’accroissement des inégalités sans précédent depuis 1945 et aux politiques d’austérité qui impactent toute la société.
« Nous sommes les 99 % » constitue évidemment une dénonciation des 1 % les plus riches, de l’oligarchie financière qui a infiltré les Etats. La finance, le capitalisme financiarisé et les gouvernements à leur solde constituent la cible.

Cependant, ce slogan signifie aussi autre chose. Il dit qu’on a besoin de l’unité du peuple (les 99 %) et que cette unité dans une société fragmentée par les inégalités, par la multiplication de mondes particuliers qui isolent les groupes sociaux les uns des autres, par la privatisation des individus enfermés dans la logique de l’intérêt, ne peut passer que par une revendication majeure : l’égalité.
Pour reprendre la formule de Rosanvallon, l’égalité, c’est la construction d’un monde commun.

5- C’est un mouvement citoyen qui met la démocratie au centre de son programme

La crise met à nu les mécanismes du pouvoir, la corruption des oligarchies, le poids démesuré de la finance, la chape de plomb que font peser les médias. Ces mouvements se mobilisent contre le capitalisme financiarisé et surtout mettent la question démocratique au centre du débat public.

Selon des représentants d’OWS, le capitalisme et la démocratie sont (re)devenus des entités contradictoires, après une période où le capitalisme avait réussi à se concilier avec la démocratie parlementaire. Ce qui rend ces mouvements dangereux aux yeux des « élites », c’est qu’ils se dressent au nom de valeurs (la démocratie) dont les élites se réclament mais qu’elles sont en train de rejeter.

Mais ce n’est pas seulement une révolte contre la confiscation du pouvoir par des « élites » et par des partis qui alternent au gouvernement mais sur une même ligne politique.
C’est une critique de la démocratie représentative. Elle est fondée sur une autre représentation des pratiques démocratiques dont j’ai parlé à propos de la culture politique des jeunes générations.

Elle est basée également sur une volonté de se réapproprier l’espace public préempté par le pouvoir politique et par le marché.
Occuper les places publiques (« Occupy », « tomar la plaza »,...) témoigne d’un souci de refaire de ces lieux des agoras, des forums de rencontre (la rencontre devient elle-même un objet politique, un bien commun à construire), des espaces créatifs.

6-La relation avec le mouvement syndical (et associatif) est compliquée

Ces rapports varient considérablement selon les pays en fonction des politiques syndicales face à l’austérité. Ces rapports très conflictuels un temps avec les syndicats espagnols très liés avec le parti socialiste alors au pouvoir, sont plus apaisés au Portugal, s’inscrivent dans un paysage très compliqué en Grèce, et même si les choses ne sont pas simples aux Etats-Unis, OWS a été soutenu par l’AFL-CIO, des fédérations comme le textile, les enseignants les transports, …
Occupy Oakland a lancé une grève générale soutenue par le mouvement syndical mais à laquelle celui-ci n’a pu contribuer car la législation américaine interdit les grèves de solidarité et les grèves « politiques ».
Dans l’Ohio, les syndicats ont mené un mouvement citoyen victorieux pour obtenir un référendum sur une loi réduisant sévèrement les droits syndicaux.

Le syndicalisme doit absolument éviter de s’enfermer dans la défense des seuls travailleurs stables et à statut. La question de savoir qui va capitaliser le mouvement de la jeunesse est ouverte.

Ce qui est plus compliqué, ce sont les formes de mobilisation qui sont éloignées des traditions syndicales qui ont une organisation très verticale. Dans certains cas, il y a une hostilité à toute parole organisée et à afficher une appartenance syndicale ou partisane.
En même temps, si les formes de mobilisations fondées sur la démocratie directe ont permis d’assurer des mouvements d’ampleur, elles sont confrontées à la question de s’inscrire dans la durée et les positions strictement isolationnistes vis-à-vis du mouvement social organisé ne sont guère tenables.

Pour revenir à la FSU, la question de la jeunesse se pose sous différents aspects. Il y a la question importante de l’alliance avec des mouvements de jeunes. Mais la question la plus directe est celle du recrutement et de la place des jeunes dans les structures syndicales. On constate que c’est une préoccupation de nombreux syndicats tant en France qu’à l’étranger.

Les syndicats sont handicapés par la trop faible proportion de jeunes parmi les syndiqués.

Dans des organisations (pas seulement syndicales) où les jeunes sont peu représentés, le poids des rites traditionnels de fonctionnement et de mobilisation est très important. Il est difficile donc d’intégrer non seulement les jeunes, mais surtout les modes de réflexion et d’action qui leur sont propres.

On voit des syndicats organiser des sommets destinés aux jeunes (cas de l’AFL-CIO), ou mettre en place des « structures jeunes » comme au Portugal avec la CGTP qui recherche à la fois une alliance avec les mouvements de jeunes précaires et une organisation autonome des jeunes en son sein.

Dans tous les cas il est vital de nous démarquer du discours stigmatisant la jeunesse comme apathique, sans conscience politique, et individualiste.


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